Sommaire
Situation
Cet autel latéral de la collégiale Saint-Ursmer est dédié à deux grandes saintes : Sainte Brigide de Kildare, appelée aussi Sainte Brigitte d’Irlande, et Sainte Renelde de Saintes, près de Tubize.
À gauche de l’autel, sur un socle, se trouve également une statue de Sainte Rita de Cascia. Sur l’autel même est placée une statue de sainte Agnès de Rome.
L’autel
Cet autel a été réalisé à la fin du XIXe siècle par les Ateliers Peeters d’Anvers. Il fait partie du vaste programme d’embellissement de la collégiale entrepris depuis le début de la rénovation de l’architecte Eugène Carpentier en 1865. L’autel fut exécuté dans un style néo-roman d’après les plans de l’architecte Charles Sonneville par les ateliers Peeters.
Les Ateliers Peeters
Ces ateliers étaient parmi les plus grands producteurs belges de mobilier religieux. Ils ont réalisés de nombreux travaux en Belgique, en Hollande et dans le nord de la France. Leur spécialité était le mobilier en bois et en pierre blanche.
Le fondateur de l’entreprise était Hendrik Peeters qui après avoir été formé à l’académie d’Anvers s’installa avec son beau-frère Pierre Joseph Divoort à Turnhout en 1839. L’entreprise prospéra et devint le pivot d’une formation belgo hollandaise de renom avec 300 à 400 sculpteurs dans la commune.
Le 24 mars 1866, l’entreprise déménagea à Anvers au numéro 2139 de la Leguitstraat dans le quartier numéro 4 (Wijk 4) d'Anvers. C'est à cette adresse précise que l'atelier a poursuivi et développé son immense production de mobilier d'église et de sculptures religieuses néogothiques jusqu'à la mort de l'artiste en 1869. Le nombre « 2139 » ne correspond pas à un numéro de rue moderne, mais au numéro de section/parcelle cadastrale utilisé par la ville d'Anvers au XIXe siècle pour identifier précisément les bâtiments au sein d'un quartier administratif.
À la fin de sa vie, l’entreprise fut dirigée conjointement par Hendrik Peeters et son beau-frère (le frère cadet de son épouse), Pierre Joseph Divoort. Cette double direction engendra de nombreuses confusions et ce fut pire lorsque le fils d’Hendrik, Pieter Peeters succéda à son père mort en 1869. Ce dernier continua l’œuvre de ses parents jusqu’en 1925, date de son décès chez sa fille à Rotterdam. Ses deux fils, peintre et architecte n’ont pas poursuivi l’activité familiale. L’atelier n’a pas conservé d’archives.
Fils et successeur spirituel, il a étendu la renommée de l'atelier en collaborant étroitement avec de grands architectes de l'époque comme Eugène Carpentier et C. Sonneville. Il s'est orienté vers le style néo-roman et le néo-baroque, alors que son père privilégiait le néo-gothique.
Quelques-unes de ses œuvres
Au fil du temps
La comparaison entre le dessin préparatoire de l'architecte Sonneville, la réalisation des ateliers Peeters et l'état actuel de l'autel met en évidence plusieurs évolutions intéressantes.
Dans la niche centrale, la croix prévue par l'architecte fut bien installée, mais elle a aujourd'hui disparu. Elle a été remplacée par une statue de l'Enfant Jésus, de type Jésus de Prague. Juste en dessous, le Christ Pantocrator a laissé place à l'Agnus Dei.
La statue de sainte Brigide présente également plusieurs modifications. Les palmes dessinées par Sonneville ont été remplacées par une crosse d'abbesse, dont la partie supérieure est aujourd'hui cassée. Dans l'autre main, la sainte tient désormais un livre ouvert et un panier de pommes, tandis qu'à ses pieds, la vache est représentée couchée.
De son côté, sainte Renelde tient un bourdon de pèlerin et les palmes du martyre, mais dans des mains inversées par rapport au projet initial.
Le décor architectural a lui aussi évolué. Au pied des colonnes, Sonneville avait prévu des rosaces. Les ateliers Peeters leur ont finalement préféré une croix inscrite dans un cercle.
Enfin, l'aspect général de l'autel a profondément changé au fil du temps. Les photographies anciennes montrent un mobilier abondamment orné de statuettes, bouquets, ex-voto, cierges et autres objets de dévotion. Aujourd'hui, l'ensemble apparaît beaucoup plus sobre.
Utilisation de l’autel : les dévotions
Jusqu'au milieu du XXe siècle, les autels latéraux des églises étaient de véritables lieux de dévotion populaire. Les fidèles y déposaient de nombreux sacramentaux, c'est-à-dire des objets bénis destinés à soutenir la prière et à favoriser la méditation. Contrairement aux sacrements, les sacramentaux ne confèrent pas la grâce par eux-mêmes, mais invitent les chrétiens à se tourner vers Dieu par l'intercession des saints.
Quel que soit le saint honoré, l'autel était généralement orné de cierges, de bougies votives, de bouquets de fleurs, de vases décoratifs, d'images pieuses, de chapelets, de médailles bénites, de neuvaines imprimées, de croix, ainsi que d'ex-voto offerts en remerciement d'une grâce obtenue. Ces objets témoignaient de la confiance des fidèles et de la vitalité de la dévotion populaire.
L'autel de sainte Brigide pouvait recevoir, en plus de ces objets, des croix de sainte Brigide tressées en joncs ou en paille, des roses ou d'autres fleurs blanches rappelant sa pureté, des paniers de fruits ou de pains évoquant sa charité, ainsi que des représentations de vaches ou d'autres animaux domestiques en souvenir de sa protection des troupeaux. Les cierges allumés rappelaient également le feu perpétuel qui brûlait autrefois au monastère de Kildare.
Devant la statue de sainte Renelde, les fidèles déposaient plus volontiers un bourdon ou une coquille de pèlerin en miniature, des palmes rappelant son martyre, des fleurs, des cierges votifs ou encore des ex-voto en remerciement d'une faveur obtenue.
Les photographies anciennes montrent que l'autel de sainte Brigide et de sainte Renelde était autrefois beaucoup plus richement décoré qu'aujourd'hui. Statuettes, bouquets, cierges, images pieuses et autres objets de dévotion occupaient largement la table d'autel et participaient à l'expression de la piété populaire.
Chaque 1er février à 10 heures, jour de la fête de sainte Brigide, une messe était célébrée devant cet autel en l'honneur de la sainte. Cette célébration rassemblait les fidèles venus solliciter son intercession ou lui rendre grâce. Aujourd'hui, cette tradition a évolué : une messe de la Chandeleur, ou messe des bougies est célébrée le 2 février dans la crypte.
Vous trouvez également dans la crypte, le puits de Sainte Renelde. Selon la tradition, une source jaillit miraculeusement lorsque sainte Renelde planta son râteau dans le sol afin d'étancher la soif de ses compagnons. Depuis des siècles, les pèlerins viennent puiser une eau de sainte Renelde réputée bienfaisante, notamment pour les maladies des yeux et de la peau. Ils se lavent les parties souffrantes ou emportent un peu d'eau chez eux, tout en demandant l'intercession de la sainte. Plus qu'un remède, cette eau est le signe visible d'une démarche de foi qui se perpétue encore aujourd'hui.
Sources
- IRPA – BALaT, Institut royal du Patrimoine artistique, photographies et inventaires de la collégiale Saint-Ursmer de Lobbes.
- Archives du CRAL, photographies et documentation sur la collégiale Saint-Ursmer.
- J. Vos, Lobbes, son abbaye et son chapitre.
- J. Warichez, L'Abbaye de Lobbes, des origines au XIIᵉ siècle.
- Jérôme Verdoot, L'abbaye Saint-Pierre de Lobbes au Moyen Âge.